Le président de l'ICM nous parle de ses débuts modestes

12-05-2017

Ken Thomas CIM 2017 headshotLe président de l'ICM Kenneth (Ken) Thomas nous parle de ses débuts modestes, de ses réussites professionnelles et du rôle de l'institut tout au long de son parcours.

Ken Thomas est encore jeune lorsqu'il commence sa carrière dans l'industrie métallurgique, exécutant des travaux fastidieux dans des laboratoires de métallurgie de l'industrie de l'acier britannique. Après avoir quitté le Royaume-Uni pour s'installer en Afrique[KR1] , puis au Canada, sa carrière prend une tournure positive. Sa promotion au poste de premier vice-président des services techniques chez Barrick Gold marque le développement de cette petite société minière en l'un des plus gros producteurs d'or au monde, et les projets sur lesquels M. Thomas travaille seront déterminants dans cette ascension. Tout au long de sa carrière, il développe des projets en Afrique, en Australie, en Amérique du Nord et du Sud ; il est encadré par des conseillers de marque, médaillé pour ses accomplissements professionnels et sa collection d'œuvres d'art fait bien des envieux. L'un dans l'autre, ce n'est pas un mauvais parcours pour un Gallois qui a abandonné ses études dès le lycée. La veille du congrès de l'ICM cette année, l'équipe du CIM Magazine s'est entretenue avec M. Thomas pour en apprendre un peu plus sur le nouveau président de l'institut. 

L'ICM : Comment avez-vous commencé votre carrière dans l'industrie de la métallurgie ?

Kenneth Thomas (KT) : J'étais inscrit dans une école technique et ai un jour annoncé à ma mère que je souhaitais partir découvrir le monde. J'ai commencé à travailler comme ouvrier dans un laboratoire de chimie au sein de l'industrie de l'acier, et à l'âge de 16 ou 17 ans, je me suis rendu compte que cela ne me mènerait à rien. J'ai alors pris la décision de suivre des cours du soir pendant cinq ans, et ai obtenu un certificat d'études postsecondaires en métallurgie qui m'a permis d'aller à l'université.    

L'ICM : Vous ayez commencé par des emplois subalternes dans l'industrie de la métallurgie, et c'est pourtant le domaine que vous avez décidé de poursuivre. Pourquoi ?

KT : C'est exact ; j'ai choisi ce domaine car j'aimais le tumulte et l'agitation qui entouraient les fours. Nous avions un complexe intégré ; à partir de déchets, on prenait des fontes brutes, on moulait des lingots, on les laminait, on produisait des barres et de l'autre côté de la route, on transformait ces barres en fer rond. C'était très intéressant, aussi j'ai décidé de suivre des cours de métallurgie en espérant que cela aboutirait sur une carrière.

L'ICM : Quel est l'événement le plus marquant de votre carrière ?

KT : Le poste le plus intéressant que j'ai occupé est indéniablement celui de vice-président de la section Métallurgie au siège social de Barrick. Cette société a été créée en 1984 ; j'ai commencé à y travailler en 1987, et à cette époque, il n'avait personne au siège social dans la section Métallurgie.

En 1986, Barrick a acheté Goldstrike pour 62 millions $, pensant que la production ne dépasserait pas les 600 000 onces ; en forant quelques trous supplémentaires dans le sol, la société s'est vite rendue compte qu'elle avait littéralement trouvé une mine d'or. Je n'oublierai jamais le jour où l'on m'a donné une carotte de sondage en me demandant d'effectuer un essai de cyanuration sur cet échantillon ; malheureusement, la récupération aurifère n'atteignait même pas les 20 %.

Il s'agissait d'or réfractaire et nous avions deux options, à savoir le grillage et l'autoclavage. À la fin des années 1980, le grillage était regardé d'un mauvais œil, aussi nous avons opté pour l'autoclavage.

Ce projet a duré de 1989 à 1993. À son apogée, Goldstrike produisait environ 2 millions d'onces par an, alors que Barrick l'avait acheté pour une production de 600 000 onces. C'était le couronnement de ma carrière.

L'ICM : Vous parlez de votre supérieur hiérarchique Bob Smith, dirigeant technique chez Barrick, comme d'une personne très influente pour vous. Pouvez-vous nous en dire plus ?

KT : Tout au long de ma carrière, je n'ai jamais rencontré personne possédant une telle aptitude à diriger.

M. Smith me respectait, me donnait une mission en m'expliquant quel était son objectif. J'avais la responsabilité de construire une usine et de diriger l'équipe, ni plus ni moins. Si quelqu'un venait à s'interposer, il m'invitait à lui en faire part. Il m'écoutait, venait vers moi deux ou trois fois par semaine et s'asseyait à mon bureau en me demandant comment avançaient les travaux. Je lui donnais un bref récapitulatif et, sans s'imposer, il me faisait comprendre si j'étais ou non sur la bonne voie.

Quelquefois, il me faisait remarquer que la façon dont j'avançais n'avait pas forcément de sens. Par exemple, il avait difficilement accepté l'installation des autoclaves à Goldstrike au lieu des fours de grillage, car il connaissait bien mieux ces derniers que l'autoclavage. Dans des cas comme celui-là, je lui transmettais un rapport écrit qu'il pouvait consulter et auquel il pouvait réfléchir tranquillement, et en fin de compte, il me donnait son assentiment.

L'ICM : Quel rôle l'ICM a-t-il joué dans votre carrière ?

KT : L'ICM et la société canadienne du traitement des minerais (SCTM) ont été très importants pour moi. Lorsque je suis arrivé au Canada en 1980, je connaissais peu de monde. L'une des personnes que j'avais rencontrées m'a conseillé de devenir membre de l'ICM, et également d'assister à la conférence annuelle des minéralurgistes du Canada pour stimuler mon système de communication et établir des contacts ; à l'époque, la SCTM représentant le choix le plus judicieux pour moi. J'ai immédiatement rejoint l'ICM et ai développé mon réseau.

Une fois ce réseau créé, je disposais d'une liste de personnes que je pouvais appeler afin qu'elles m'expliquent la raison pour laquelle les choses se déroulaient d'une certaine manière et pas d'une autre au Canada, car elles différaient des pratiques d'Afrique du Sud[KR2] . Ces personnes prenaient alors le temps de m'expliquer. C'est la raison pour laquelle j'ai accepté de devenir président de l'ICM. L'institut et la conférence des minéralurgistes du Canada m'ont beaucoup apporté, et je souhaite véhiculer les connaissances qui m'ont été transmises. C'est aussi simple que cela.

L'ICM : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes diplômés qui débutent dans l'industrie ?

KT : Si vous souhaitez comprendre comment fonctionnent l'exploitation minière, le traitement ou l'infrastructure, trouvez un emploi dans l'un de ces domaines et tâchez de le conserver pendant quatre ou cinq ans. Également, si vous en avez la possibilité, partez à l'étranger pour approfondir vos connaissances des autres cultures.

L'ICM : Quel est votre objectif pour l'année à venir ?

KT : Mon objectif est d'améliorer la trésorerie de l'ICM et également de revoir la procédure d'adhésion qui, selon moi, est un peu obsolète au niveau des catégories que nous proposons. J'ai déjà commencé à travailler là-dessus.

Durant l'année où j'étais président-élu, j'ai par exemple proposé une motion préconisant que les membres à vie paient une cotisation. Ensuite, nous devrons nous concentrer sur le plan stratégique. Un mandat d'une année pour un président, c'est très court. Un président a ses propres objectifs, et à peine a-t-il commencé à mettre en œuvre le programme de son mandat que ce dernier arrive à son terme. La bonne nouvelle est que nous disposons désormais d'un conseil des présidents, qui réunit l'ancien président, le président, le président-élu et le président-élu entrant, ce qui contribue à renforcer la continuité. Personnellement, je pense qu'un mandat de deux ans serait bénéfique aux présidents de l'ICM.